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Raphaël Confiant |
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Extrait
Sylvanise était la reine de ce bal
où toutes les vagabondageries étaient permises (alors
qu'elle n'était jamais invitée à ceux, éminemment
respectables, des sapeurs-pompiers ou de la fête des
mères). Elle y arborait un décolleté à dépersuader
un abbé de l'existence de Dieu et, à chacune de ses
virevoltes au bras de qui se présentait le premier (là,
pas de discrimination), exposait la splendeur de ses
cuisses. Les femmes légitimes pressaient plus fort leurs
maris, les concubines feignaient de se pâmer dans les
bras de leurs hommes et les jeunes négresses encore
indécises se dépêchaient de jeter leur dévolu sur le
premier mâle qui passait à leur portée. Les musiciens
accumulaient les fausses notes et le chanteur
s'étranglait à demi, passant avec nervosité d'un
chaleureux calypso à un boléro plein de langueur.
Madame Sylvanise était là, messieurs et dames. Elle
était simplement là et le monde s'en trouvait
bouleversadé.
L'Allée des
Soupirs, Raphaël Confiant
Biographie
Raphaël Confiant est actuellement
l'auteur le plus foisonnant et le plus truculent
des Antilles. Originaire du Lorrain (nord de la
Martinique) où il est né en 1951, il effectuera
des études de sciences politiques à
Aix-en-Provence. Il débute sa carrière
d'écrivain en publiant à compte d'auteur, et
pendant douze ans, des livres écrits en langue
créole. « L'écriture en français est un
plaisir, dit-il, l'écriture en créole
est un travail car l'auteur créolophone est
obligé de construire son outil, ce que n'a pas
à faire l'auteur francophone qui dispose d'un
outil patiné par des siècles d'usage. »
Avec Le Nègre et l'Amiral (1988), il
entre de plain-pied dans une littérature
française à laquelle il apporte la verve d'un
langage baigné d'imaginaire créole. Son
deuxième roman en français Eau de café
(1991) est remarqué par la critique ainsi que L'Allée
des Soupirs publié trois ans plus tard.
Confiant se distingue par son écriture et par
l'univers de la Martinique « profonde » qu'il
décrit dans ses romans. Il est un polémiste
redoutable et n'hésitera pas à tremper sa plume
dans du vitriol pour rédiger un réquisitoire en
règle contre le père de la négritude, Aimé
Césaire. Une traversée paradoxale du
siècle. Enfin, Confiant a un don inné pour la
provocation et le sens de la formule et de
l'humour : « La Martinique est colonisée par
la consommation » ou encore : « Les
puristes me reprochent de zoulouter le français.
Mais regardez-moi, regardez-vous, regardez-nous,
vive le métissage ! ».
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